• Miss Jones prof ...

     

     À la faveur d'une bêtise toute fraîche de ce matin, je remonte trois autres souvenirs.
    "Miss" Jones because j'enseigne l'English alors forcément, j'oblige les élèves à s'adresser à moi avec ce petit mot à la fois délicieusement désuet façon Miss Marple, terriblement ringard façon Miss France ou pire, Miss Camargue avec néanmoins ce petit quelque chose de doucement sexy des Fifties.

    Ouais ... bref ... ils me causent en anglais, quoi.

     

    Miss Jones pète un plomb

     Ce matin, j'ai offert le breakfast à 3 classes - des élèves ont fait des cookies, des pancakes et apporté du sirop d'érable pour la partie nord-américaine (j'ai farouchement, voire furieusement refusé le Nutella, ça a failli tourner au pugilat mardi dernier tandis que nous listions les besoins), j'ai amené du thé, du lait, des muffins et de la marmelade, un pot au citron, un pot à l'orange.
    Bien sûr, j'ai aussi amené la bouilloire électrique et le grille-pain pour légèrement griller les muffins, hein, sinon, c'est quand même drôlement moins delicious! J'ai même pensé à la prise multiple dont le fil est plus long que les appareils sus-mentionnés, et même que la prise multiple est du type sécurisé, avec interrupteur et tout et tout.
    Les 3è et les 6è se sont régalés, ont bien voulu goûter la marmelade (disons que 46 élèves ont en tout consommé 3 cuillères à café et demi - j'ai plus qu'à m'empiffrer le reste, same old story), et les 4è n'ont eu droit qu'à l'horriblement appétissant fumet du pain grillé qui flottait dans la salle depuis deux heures puisque, tandis que je me lançais dans mon opération pizzaiola muffiniola, l'électricité sauta.

    Il me fallut environ un tiers de minute pour comprendre que le grille-pain et moi-même en étions responsables.

    Il me fallut le reste de la minute pour réaliser que tout le 2è étage n'avait plus de jus.

    J'ai bêtement pensé que les services techniques s'en rendraient compte tout de suite. Ben non. C'est moi qui l'ai signalé en fin d'heure - et c'est là que décidément des fois, je suis pas maligne ... en mentionnant le grille-pain. Me suis fait engueuler. Pffff.

     

    Miss Jones super prof : la chute (2003 ou 2004)

    Emportée par mon enthousiasme en classe avec mes petits 5èmes préférés, je m'emmêle à la fois jambes, pieds et pieds de chaise, bats desespérément l’air de mes petits bras désormais tout musclés par le bricolage, et m’étale royalement à plat ventre, mais j'ai immédiatement opéré un preste retourné sur les fesses, c’était d’une extrême importance, c’était vital.. . Moi, j'aurais volontiers explosé de rire comme tous les gamins de la classe (le fou rire, je ne l’ai eu qu’au supermarché), mais c'est que je me suis fait mal. Alors j'ai ri jaune, j'ai dû rougir (c'est rare chez moi) et je me suis lancée dans toutes sortes de commentaires faussement légers. « Sauvée par le gong » (après « Boudu sauvée des eaux »), je me suis empressée de raconter ça à mes collègues à la cantine. Déjeuner très détendu, histoires de presque-chutes (ah, les estrades, ces traîtresses !), de grosse honte, tout ça.

     

    Miss Jones super prof : la chute 2 (2005)

    La porte de communication avec la salle de ma collègue ferme de plus en plus mal mais j'ai repéré le souci : il suffit de tirer d'un coup sec sur la poignée et d'entendre nettement le "clic" du penne dans le trou, the door is closed.
    En plein cours, la porte se met à baîller (un courant d'air, sans doute). D'un ton très docte, j'explique à l'élève assis tout près l'astuce pour définitivement fermer cette porte. Rien n'y fait, le gamin m'a l'air plus qu'endormi ce matin-là. Un autre prend la relève, écoute sérieusement mon affaire de "clic" et tire sur la porte. Las ... ré-ouverture dans les 10 secondes.
    C'te porte va pas me gaver longtemps ...
    Je fonce, effectue tous les gestes techniques précédemment expliqués, d'un air supérieurement fiérot ... et me retrouve propulsée un mètre en arrière, atterrissant lourdement sur les cartables ... à plat dos ...... la poignée de la porte dans la main.
    Je crois qu'en sciences, l'histoire se raconterait sous cette forme : e=1/2 mv2
    Disons qu'en effet, je voulais faire VITE ... et BIEN.

     

    Miss Jones remplit ses  bulletins

    C'était ma vraie première année, post-stage, à l'époque où l'on remplissait les bulletins dans les Kalamazoo* - immenses classeurs rectangulaires avec les bulletins en plusieurs couches, l'original et les carbones. Pour vous donner une idée de l'intensité lors d'une première année à temps plein, j'étais rentrée chez moi le soir des vacances de la Toussaint vers 17h, m'étais écroulée sur le canapé pour me réveiller des heures plus tard, totalement inconsciente du dîner, du programme télé, du chien, du chat, des discussions de la famille, pauvre famille attendrie qui se ratatina sur un petit canapé pour me laisser ronfler sereinement  :)
    Mais là,il s'agit de remplir les bulletins du 1er trimestre. Ce qui nous prenait un temps fou avant l'avènement des logiciels de gestion scolaire, parce qu'il ne fallait pas se louper! Stylo dans la bouche, air tour à tour concentré, rêveur, désabusé ou furibard, brouillon à côté, réféchir intensément à tout ce que l'on voudrait dire, repérer les mots-clés, tenter de les fourguer dans une phrase, maximum deux, drôlement bien tournée(s). Je ne sais plus si c'était mon premier classeur ou le dernier, mais heureusement que je me relis!
                              

    Malgré des capacités réelles et une bonne volonté en classe, les efforts ont été insuffisants ce weekend.

     

    Panique à bord, matérialisation magique d'un blanco salvateur, réparation en 3 exemplaires.

    Et énorme dodo le soir-même, un vendredi.

    Depuis, je suis confrontée à un autre problème. La saisie se fait désormais par informatique ET j'ai un clavier tout pourri qui double certaines lettres et en saute d'autres. Je dois donc me relire plusieurs fois afin de m'assurer que je n'ai pas écrit quelque chose du genre : "Ça baise beaucoup top", "Tu as tous les touts pou progresser" et autres joyeusetés déjà oubliées!

     

    J'ai hélas peu d'anecdotes car j'ai une mémoire de les perles de ... moi-même

     

     

    * C'est apparemment tellement antique que je n'ai trouvé aucune image sur la toile!

     

     

     21 juin 2013 | Gaffes, bévues... | Commenter (8)


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  • Commentaires

    1
    Alice L-P Profil de Alice L-P
    Vendredi 21 Juin 2013 à 16:57

    Miss Lulette !!!
    Pourquoi avoir raconté l'histoire du grille-pain aux services techniques ? C'est tendre le baton pour se faire battre, tu serais pas un peu maso, parce que prof déjà ... bon, mais là ...
    Les deux histoires sur tes chutes sont terribles, moi même, je tombe beaucoup (une fois totale défigurée) et ce n'est pas drôle, je déteste les gens qui rient quand les autres tombent, ça me donne envie de les claquer.
    Change de clavier ça veut deux francs six sous, parfois même tu as une souris gratos ... sinon Mâdâme risque de tomber dessus, encore, ou les parents.
    Dis Miss Lulette, t'es sure de pas être un peu maso ???

    2
    Vendredi 21 Juin 2013 à 17:10

    lulette je suis explosée de rire en fait t'es comme alice et moi bienvenue au club, bises et pas là les filles ce we, enfin là mais je reçois une copine, reviens donc mardi ou lundi selon l'heure.. du crime heu du départ

    3
    Vendredi 21 Juin 2013 à 19:19

    Bon, comme tu le sais, je suis peu aux blogs ces jours-ci, mais j'ai quand même lu ton article :

    Faire sauter les plombs d'un étage avec un grille-pain ! La Jones est de retour...
    Mais bon, soit les plombs étaient faibles (comme pour Gaston), soit ton grille-pain a un souci.
    Tu devrais vérifier !

    Quant aux chutes. Oui, bon, moi ce qui m'étonne c'est quand l'élève ne rit pas si le prof se casse la gueule.
    C'est inquiétant soit pour l'élève, soit pour le prof.
    D'ailleurs j'en ai causé : ici.

    Et sinon : va voir .

     

    4
    Vendredi 21 Juin 2013 à 19:21

    Alors là! J'en ai les larmes tellement je rigole.Les chutes, bon, pas trop, un petit peu car tu peux te faire mal (Leoned devrait intervenir à ce propo)mais le reste! Argh!! Le coup du grille pain (et avoué de plus) je connais! Enfin presque..je vais avec ma fille à Paris, à l'hôtel.Il fait chaud(Nan, pas cette année) et comme il y a un petit frigo, je le branche, histoire de mettre un peu d'eau au frais....Las!! Plus de lumière!! Tout l'étage!  Le réceptionniste a fait en sorte que tout soit rétabli sauf...le frigo...

    Et les annotations sur les bulletins...folklo ça!! Mais je dis comme Alice: Change de clavier..

    5
    Vendredi 21 Juin 2013 à 20:57

    @ Alice : nan ... c'est piiiire, je me suis dénoncée à la cheffe des services techniques, la gestionnaire (une copine, mais en fin d'année, c'est plus la copine de personne tellement y'a du boulot et de la tension) - maso? Faut que j'en parle à ma somato-thérapeute au plus vite!

    Je ne peux pas changer le clavier d'un portable - enfin, si, je peux, mais ça commence à faire beaucoup d'accessoires autour d'un portable! J'achète la valise à roulettes avec?

    @ poppins : beuh ... on a toutes une bridget jones en nous!

    @ leoned : mon grille-pain va très bien, pardon,mais je ne peux m'empêcher de soupçonner une certaine vétusté des services publics, hein, surtout que je te parle de ma salle où il a plu pendant ... 4 ans à chaque orage!Aussi bien que du Victor Hugo!

    @ Pyrausta : comme j'accuse les services publics un peu plus haut, était-ce l'Hôtel des ... Impôts? warf ...

    6
    Samedi 22 Juin 2013 à 02:22

    Ah ouais... le sirop d'érable, on connaît, en Amérique...

    7
    Samedi 22 Juin 2013 à 10:06

    Mario, et le Nutella?

    8
    Samedi 22 Juin 2013 à 10:15

    @ Leoned : pour ton lien vers le Kalamazoo, j'ai pas dit qu'on ne trouvait aucune info à son propos, mais aucune image ...! En tout cas pas ce qu'on utilisait. C'est dingue, c'est un pan de notre histoire qui a disparu!

    9
    Samedi 22 Juin 2013 à 11:34

    @ Lulette 8

    Oui, oui, j'avais remarqué aussi. Comme qui dirait qu'ils se sont reconvertis !

    Je dois avouer que ce pan d'histoire disparu me laisse assez indifférent : c'était une abomination.
    Le seul défaut c'est que ce qui l'a remplacé (saisie informatique) est pire !

    Détail perso : Je venais de mettre au point, avec le soutien enthousiaste de mon Principal d'alors et de mon Inspectrice, un autre modèle/moyen de faire le bilan trimestriel des élèves (très personnalisé) quand la Principale adjointe nous imposa la saisie informatique !
    Régression aberrante. J'eus comme un sentiment de trahison.
    Et ça empira par la suite : le Principal suivant diminua d'autorité la zone de saisie des commentaires estimant que les parents étaient trop cons pour lire plus d'une phrase simple.

     

    10
    Samedi 22 Juin 2013 à 11:41

    C'est sûr, c'était assez affreux et on s'en fiche que les Kalamazoo (dont j'adore pourtant le nom rigolo) aient disparu, mais tout de même, un tout petit témoignage historique par l'image! Personne n'a jamais pensé à en prendre une photo, c'est amusant! :D

    Ici, on nous laisse la place de nous exprimer, ouf, mais il y a eu ce type de restrictions au tout début. Cela dit, si tu es trop bavard sur le bulletin, la sanction est que la police de caractère est réduite, forcément, pour que tout tienne sur une feuille.

    C'était quoi, ton moyen révolutionnaire?

    11
    Samedi 22 Juin 2013 à 12:18

    @ Lulette 10

    Ce n'était pas "révolutionnaire". D'autres que moi ont fait dans le même genre et j'ose espérer qu'il y en a encore. Je vais essayer de résumer :

    D'abord, j'avais entièrement réécrit le programme des niveaux auxquels j'avais affaire. Sans le modifier aucunement, je l'avais découpé en une série de "compétences" ou d' "objectifs" à atteindre ou acquérir (déjà, là rien de bien neuf). Et, au début de l'année, je distribuais une feuille de ces objectifs à chaque élève à faire régulièrement viser par les parents.

    Ensuite, chaque "devoir" était accompagné, lors de sa correction, outre d'une note dont je faisais tout pour qu'elle semble accessoire, de la liste des objectifs qui avaient été testés dans ce devoir (entre 4 et 6 selon les devoirs), et pour chacun d'entre eux j'informais l'élève de ce qu'il avait atteint, approché ou toujours pas compris ledit objectif au moyen d'un code simple (petites étoiles de couleur) à charge pour lui de reporter ces informations sur la feuille distribuée en début d'année.
    C'est là que l'Inspectrice fut ravie : elle assista un jour à une telle correction de devoir, le rapport d'inspection qui en résulta fut des plus élogieux.

    Bien sûr ça ne suffisait pas. A la fin du trimestre, au lieu de remplir le Kalamazoo, je donnais à chaque élève une page résumant les objectifs, atteints, approchés, etc. du trimestre plus une longue appréciation bâtie sur le mode : constat puis quoi faire pour le prochain trimestre. Et là, j'insiste, je ne donnais à chaque élève qu'UN SEUL truc à essayer d'améliorer.
    Une "note" trimestrielle apparaissait sur la feuille, mais outre qu'elle n'était pas du tout mise en valeur par rapport au reste, ce n'était pas une "moyenne" ! C'était une note tentant de synthétiser l'ensemble du travail fourni par l'élève dans le trimestre : travail et écoute en classe, calcul mental, devoirs à la maison, devoirs en classe, ...
    Et c'est là que le Principal fut enthousiaste : il rêvait de ce genre de "bulletins" depuis des années. Pour dire : pour faire cela j'utilisais le publipostage de Word et j'imprimais tout chez moi, il me paya, sur sa bourse, l'encre pour mon imprimante.

    Cela ne faisait pas un an que j'avais mis en place ce système (qui demande un boulot de dingue !) qu'on nous imposa un logiciel de saisie de "notes" qui ne savait faire que de stupides moyennes (mal coefficientées) et qui ne laissait qu'une place dérisoire aux commentaires (il y avait même une bibliothèque d'appréciations toutes faites !).
    Comment lutter ? Même si je continuais, les élèves (et les parents) ne s'en occuperaient même pas, tout occupés qu'ils seraient à regarder la moyenne générale.
    J'ai fini par laisser tomber.

     

    12
    Samedi 22 Juin 2013 à 12:36

    Alice a raison, je suis maso : pourquoi t'ai-je posé la question alors que je n'ai guère l'énergie de réféchir à ce sujet pourtant passionnant tout en me sentant réticente quand je pense à 6 classes multipliées par 29 ou 30 élèves multipliés par x items de compétences?

    smiley bouche cousue       

    smiley stone

    smiley lapin

    en tout cas, bravo!    

    13
    Samedi 22 Juin 2013 à 14:52

    @ Lulette 12

    J'accepte les bravos (bravi ?) mais avec quelque amertume quand même.

    Comme je l'ai dit, cela fut un boulot de dingue.

    D'abord bien sûr, je dus réécrire ce programme. Cela me bouffa quelques jours des "vacances d'été". Mais bon, ce n'était pas grand-chose à faire.

    Ensuite, je dus fabriquer cette liste des objectifs en divers exemplaires et sous forme compréhensible. Un à destination de moi-même (et d'éventuels collègues) et des parents : j'en fis parvenir un exemplaire à chaque famille pour qu'elle sache ce que son enfant aurait à apprendre en cette année. Un autre, destiné aux élèves, qui comportait la colonne supplémentaire qu'ils devaient compléter au fur et à mesure de l'année. (Pour fixer les idées, la feuille élève était un recto-verso A4, composée sous Excel).

    Puis, chaque chapitre de mes polycopiés de cours commençait par la liste des objectifs qui y étaient visés : que les élèves sachent de quoi on allait causer.

    Encore, chaque devoir (en classe ou à la maison) était muni de, et donc composé en fonction de, la liste des objectifs qui y étaient testés.

    Surtout, chaque copie devait être corrigée deux fois. La première pour savoir ce qui avait été réussi ou râté (et si râté pourquoi). La seconde pour identifier les objectifs atteints ou pas. Et je ne compte pas le fait que je devais enregistrer chez moi ces mêmes résultats. (Un jour une collègue me dit : "J'aime bien tes feuilles de "notes", elles sont pleines de couleurs").

    A la fin du trimestre, je devais faire le bilan et le traduire (à nouveau de façon compréhensible) sur le "bulletin" que j'éditais. Lourde tâche.

    Mais ça marchait.

    - - - - - - - - - - - -

    Anecdote :

    Quelques années plus tard, le Principal contre lequel je me suis affronté, lança un projet en 6ème. Je n'en avais guère envie : las. Mais, si je ne me dévouais pas, tout retombait sur les épaules d'un collègue déjà fort engagé dans des actions diverses et, je dois le dire, que j'estimais (j'estime) meilleur prof que moi. Je me portai donc volontaire.

    A cette occasion, j'ai recyclé ce travail dont je viens de parler. Au moins sous la forme de la liste des objectifs poursuivis. Beaucoup de collègues reculèrent devant la tâche, mais utilisèrent quand même cette grille comme guide.

    Un jour, le collègue dont je viens de parler, montra ladite grille au Principal. "Mais c'est génial ça !" s'exclama-t-il. Le collègue oublia simplement de dire que j'en étais l'auteur.

     

    14
    Samedi 22 Juin 2013 à 15:10

    J'avais bien compris tous les détails, et notamment la double correction et double saisie des résultats et tout et tout ; tu me chopes en pleine fin d'année, c'est ça que je veux dire!

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