L'école, c'est aussi ...
Publié le 19 Décembre 2014
Si certains milieux familiaux sont propices à l'incompréhension de l'autre et de la communauté humaine, le collège, dans ses mimiques balbutiantes de vie en société, avec ses codes quasi-tribaux internes aux ados, la pression des règles de l'établissement, les exigences des adultes, la contradiction interne entre l'impérieux besoin d'appartenir à un groupe et l'impérieuse nécessité de revendiquer ses différences, sans toutefois être bien sûr(e) de la "légitimité" sociale de ces différences ... bref ! le collège, disais-je, peut faire péter les plombs à plus d'un, ici un prof, là un(e) élève. Nul besoin d'ajouter que le développement des réseaux sociaux et des téléphones portables a eu un sacré effet loupe pour certains, façon "je chope la lumière pour allumer le feu" ...
La chanson ci-dessous date de 2008, je crois, et est signée par une collègue prof d'anglais comme moi. En voici le texte, où j'ai reconnu plusieurs élèves que nous avons eus toutes les deux, ou d'autres dont nous entendions parler, et qui fait aussi allusion à un gamin qui m'avait fait froid dans le dos en 5è il y a bien longtemps, en m'affirmant que plus tard, il voulait devenir militaire pour pouvoir tuer des gens. Il y a deux mois, ce gamin, devenu un adulte aux joues qui piquent, détendu et farceur, est revenu voir quelques anciens profs, dont moi - un choc et un soulagement :) Qu'est-ce qui avait changé le bonhomme depuis ? Ce fut quand les services sociaux accédèrent à sa propre demande d'être séparé de sa mère et de son beau-père et remis à son papa 20 km plus loin...
Des élèves qui nous prennent par surprise un matin, une après-midi, au sortir d'une petite discussion, où soudain les larmes nous montent aux yeux, où notre cœur fait des ratés, où tout à coup les tracasseries administratives, les réformes vaniteuses et vides de sens, les injonctions ministérielles, l'exaspération face au manque d'ambition global de nos classes, le chefaillon du moment, n'ont plus ni importance ni force de loi.
Le texte est un beau condensé de plusieurs "cas" que nous rencontrons chaque année. Depuis son écriture, la phobie scolaire est entrée dans les mœurs et l'on nous sollicite de plus en plus souvent pour aller donner des cours à des élèves chez eux... Cette année, j'ai encore mon "lot" de gamins malmenés, fracassés par leur famille, leurs camarades, leurs difficultés scolaires : la petite M. pour qui j'ai dû aller faire une déposition en gendarmerie ; le petit G. qui plane à 17 ou 18 de moyenne générale, souvent moqué par ses camarades à cause de son vocabulaire choisi et de ses centres d'intérêt, secoué de sanglots paniqués irrépressibles quand je lui ai mis une colle pour travail non fait ; le petit J., en grande difficulté mais vaillant petit soldat en classe, imperméable aux conneries de certains, grand sourire - et grosses larmes en réunion parents-profs tant il se sent amoindri, "pas comme les autres" ; L. qui passe des plombes à réparer son classeur, son stylo ou sa trousse, sort toujours en dernier de la classe pourtant sans avoir noté les devoirs, et commence à être complètement perdu, et dont on soupçonne en fait qu'il pourrait bien s'agir d'un EIP (élève intellectuellement précoce) totalement paumé dans notre système ...
Bref
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Depuis tout petit, c'est dans ma nature Depuis tout petit, c'est dans ma famille Moi mes amis d'ailleurs, c'est plutôt des filles C'est la faute à personne, c'est bien toi qui est pédé, pas un homme Parfois je rêve d'avoir un uniforme, avancer bien droit,
Delphine G-B |
Patienter, la chanson commence après 15 secondes
Para from The Fish Eyes on Myspace.
En transformant dans sa tête la boîte à rythme en de bonnes percussions, je trouve le morceau brillant - pas de schéma habituel couplet-refrain, mais un texte qui épouse la musique, ou inversement :)
20 décembre 2014 | Quitter l'enseignement ? | Commenter (3)![]()