The Good, the Bad and the Ugly
Publié le 2 Février 2015
Autrement dit "Le Bon, la Brute et le Truand" superbe film de Sergio Leone (assez fan du bonhomme et de ses films) - mais je vais plutôt partir sur une traduction plus littérale : ce qui (m') est bon, ce qui (m') est mauvais, et le laid tout moche tout pourri.
D'ailleurs, on va commencer par là, faut toujours garder le meilleur pour la fin qu'on me dit depuis des décennies (sauf pour les vins dans un repas - je vous en reparlerai).
THE UGLY
Le "tout pourri tout moche", c'est ce gamin que je vais appeler Jack, dont je suis la prof principale, un ptit bonhomme aux allures lunaires qui n'a pas de filtre au cerveau, et fait ce qu'il veut (des conneries de tout poil) quand il veut (en gros, tout l'temps) mais t'écoute bien quand tu le reprends ou l'engueules, dit "oui oui" (son papa l'appelle comme ça) ou "c'est pas moi" (tous les surveillants l'appellent comme ça).
Le topo, c'est que ça fait 10 ans qu'il est ingérable en classe quelles que soient les mesures prises, les spécialistes rencontrés par la famille, etc. Il paraît qu'il est EIP (élève intellectuellement précoce).
Depuis septembre, je l'ai d'abord observé pour voir un peu c'est qui, puis j'ai commencé à le voir à chaque fin d'heure d'Anglais pour qu'on analyse ensemble les derniers mots dans le carnet etc + rencontre hebdomadaire d'une demi-heure.
Puis j'ai fait une réunion avec le Conseiller Principal d'Éducation et des profs.
Puis j'ai fait une fiche de suivi assez fine avec obligation pour le Jack de faire lui-même son propre bilan chaque soir avec bilan hebdomadaire lui et moi chaque vendredi.
Puis j'ai abandonné la fiche de suivi - c'était pire avec que sans.
Puis j'ai arrêté les rencontres hebdomadaires, et je lui ai expliqué que ça ne m'intéressait plus qu'on discute, que ses excuses et explications n'étaient que des mensonges à répétition, qu'il se tirait sans cesse des balles dans le pied, et que j'avais 26 autres gamins à suivre dans cette classe, que je négligeais par sa faute. À l'heure où je vous parle, le bonhomme approche la centaine de punitions et remarques.
Sur les dernières semaines où j'ai cessé de l'écouter (bien qu'il continuât de me prendre du temps par ailleurs - échanges de courriels et discussions avec des collègues, notamment), il a commencé à se faire remarquer pour autre chose : des propos à caractère sexuel particulièrement salaces devant une projection d'images de Mandela, l'impossibilité en classe d'utiliser / enseigner des mots comme "chatte", "queue"... des commentaires de tout "poil" à tout propos, toujours axés sur le sexuel ou le pornographique.
Jusqu'au coup de Trafalgar vendredi dernier : une dizaine de gamines de la classe ont fait état d'insultes (salope, pute, suceuse, honte de YouPorn, schizochienne, connasse, ta gueule...), de propos qu'elles ont vécu comme des menaces (je me tais si tu me suces, je me branle en pensant à toi, je vais te baiser...), de "partage" de connaissances (lors de travaux sur ordi, se débrouille pour trouver des images d'hommes ou de femmes nus avec zoom sur les parties génitales) et d'attouchements déplacés ("il me touche tout le temps les fesses pourtant je lui ai dit que ça me gêne", ceinture des gamines en exigeant des câlins ou en parlant de les baiser, les met au sol et s'allonge sur elles....)
Dans ses compte-rendus écrits exigés vendredi dernier, Jack rejette la faute sur des copains ou sur des filles (le classique "c'est pas moi") et globalement, nie (en expliquant qu'il sait qu'il peut aller en prison).
Vendredi soir, j'ai appelé la maman (pour la 10è fois depuis septembre) - j'ai raccroché à 20h30, très remuée. La maman est bien au fait des troubles de son enfant et se bat depuis des mois (après des années à tenter de comprendre auprès de spécialistes) pour trouver des solutions. Le dossier de Jack a été validé par la MDPH (Maison du Handicap) pour un suivi par SESSAD (Services d'éducation et de soins à domicile - ils prennent en charge, par accompagnement en scolarisation ordinaire ou scolarisation en milieu spécialisé) avec éducateur spécialisé, suivi psy et demande d'un AVS (auxiliaire de vie scolaire, adulte accompagnant l'enfant en classe). Mais ça traîne ! L'équipe éducative qui génèrera la demande officielle d'un AVS en "urgence" n'aura lieu que début Mars ! Et la directrice du SESSAD m'a dit aujourd'hui qu'il ne fallait pas espérer un AVS avant septembre.... (ah oui, parce que j'ai passé mon lundi, habituellement libre, au collège, pour rencontrer les parents et discuter avec tout le monde des suites et tout et tout).
Inutile de vous dire que cette affaire me pourrit régulièrement depuis octobre, et particulièrement le weekend dernier. J'ai maintenant une dizaine de gamines à suivre de près, plus ou moins traumatisées, et toujours mes petits dyslexiques, dysgraphiques et autres dys-, magnifiquement courageux dans l'ambiance infecte que Jack crée à chaque heure, mais désormais un peu désespérés que ce zigoto sorte de leur horizon. Et puis tous les autres, deux EIP de 10 ans adorables, des petits fainéants à stimuler, toussa :)
Si si, il est régulièrement sanctionné (deux exclusions temporaires du collège, des heures de colle longues comme mon bras, des TIG - travaux d'intérêt général, un ou deux avertissements officiels...) mais il sait y faire et s'est mis plus ou moins le Principal dans la poche, lequel ne cesse de sous-entendre que nous ne savons pas y faire ou faisons mal... Alors les entrevues avec le Chef, sans que je reste langue de bois, me pourrissent un peu aussi.
THE BAD
Je ne me défais pas de cette tendance à accumuler les copies. De fait, la semaine dernière, me suis retrouvée à corriger une bonne dizaine de paquets en prévision de la réunion parents-profs de jeudi (où j'ai été la dernière à quitter le collège vers 21h15, après 5 heures de rencontres), et ça me met colère d'être comme ça !
Je commence à lier mes migraines à une fatigue chronique que j'ai décidé d'attribuer au tabac - je fume depuis 34 ans ! Ça fatigue son homme, ça ! J'ai vu un tabacologue qui ne me plaît pas (en gros, la dépendance psychologique sera réglée par du Champix, 'tain, il sait pas à qui il parle ! Les médocs et moi, ça fait DEUX, et du Champix en plus ??). Du coup, je chemine/rumine dans mon coin, le livre d'Allen Carr à portée de la main.
Mais bon, je passe trop de temps devant l'ordi et j'estime que ça fatigue aussi.
Pi je bois des ptits apéros et/ou du vin tous les soirs ; ça fatigue aussi :)
Bref, si j'avais repéré tout le BAD qui est en moi depuis de longues lurettes sans rien faire, j'ai envie de lui régler son compte depuis peu. GOOD, no ?
THE GOOD
aaah
Le banquier a accepté de renégocier à la baisse mon prêt immobilier, je vais respirer d'environ 45 euros de plus par mois !
Du coup, je me suis enfin offert mes Kickers rouges que je bave dessus depuis un moment ; reçues ce matin, aux pieds tandis que je vous écris, trop contente !
Il fait beau et juste frais, ça fait du bien, le printemps arrive, les jours rallongent.
Il paraît que demain il neige !
Les classes de 3è sont en stage cette semaine, je suis libre tout jeudi et vendredi aprem !
Et comme c'est les vacances vendredi ...
2 février 2015 | Quitter l'enseignement ? | Commenter![]()